Comité Anti-Amiante Jussieu: fermeture, revue de presse (25-27/01/06)

Fermeture du campus Jussieu

Audience du 25 Janvier 2001

Revue de presse


Dépèche AFP
25 janvier 2001

JUSTICE: LA FERMETURE DE JUSSIEU DÉBATTUE DURANT QUATRE HEURES

- Les dangers qui planent sur le campus universitaire parisien de Jussieu, truffé d'amiante et à la sécurité incendie pour le moins inquiétante, susceptibles d'imposer d'en chasser ses 50.000 étudiants, enseignants et chercheurs, ont été longuement débattus jeudi au tribunal administratif de Paris.

Ces dangers ont été notamment évoqués par une association de salariés et d'étudiants, et le comité anti-amiante, à la pointe du combat pour le désamiantage complet du campus, demandait ni plus ni moins la fermeture des locaux accueillant les universités Paris-VI et Paris-VII.

Après avoir entendu le président du comité, Michel Parigot (qui travaille dans le campus pour le CNRS), les représentants du préfet de police de Paris, du ministre de l'éducation et des facultés, le tribunal, saisi en référé, a préféré mettre sa décision en délibéré au 29 janvier.

Car une éventuelle fermeture, de l'avis général, serait lourde de conséquences. Comment, et surtout où, reloger dans l'urgence les milliers d'étudiants s'ils devaient quitter les tours en cours de défloquage de Jussieu ?

Michel Parigot a expliqué que ces "désagréments", qu'il ne nie pas, doivent être appréciés à l'aune des risques qui planent sur le campus. Dans de nombreux mémoires envoyés au tribunal, ainsi que jeudi à la barre, il a rappelé ces dangers: l'amiante, dont plus de 90% reste à retirer des cloisons des bâtiments, et l'incendie.

Un rapport indépendant avait relevé il y a deux ans la faible tenue au feu de la structure des tours, évaluée à 10 minutes au lieu des 1h30 réglementaires. Quant au système d'alarme, il n'est toujours pas installé.

Dans une lettre adressée en juin 2000 au préfet de police de Paris, Philippe Massoni, le comité anti-amiante avait demandé la fermeture du campus pour toutes ces raisons. Des hôpitaux parisiens récemment quittés par l'Assistance publique pour créer l'Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) sont libres et pourraient servir de locaux de cours, soutenait le comité.

Reprochant au préfet de ne pas avoir donné suite, le comité avait ensuite déposé une requête fin décembre 2000 devant le tribunal administratif de Paris.

Jeudi, devant une audience collégiale, le président du comité n'a pas hésité à établir une comparaison entre le cas du campus et celui du tunnel du Mont-Blanc. "Aujourd'hui tout le monde dit qu'il aurait fallu le fermer avant", a-t-il lancé au tribunal.

Sommés de justifier leur politique en matière de sécurité, les présidents d'université ont expliqué que le "laxisme" longtemps en vigueur appartenait au passé.

"Je ne m'imagine pas me retrouver un matin ou un soir avec un accident de personnes dont je serais responsable", a confié le président de Paris-VI Jean Lemerle. "Si le campus était vide, la durée des travaux (de déflocage) serait quand même de quelques années", a-t-il ajouté.

Son homologue de Paris-VII, Michel Delamar, a pour sa part assuré que la "culture de l'irresponsabilité" avait laissé place à une "culture de sécurité".

Sollicité pour éclairer d'un avis supplémentaire le tribunal, le commissaire du gouvernement a regretté "l'absence de toute nuance" de la requête du comité anti-amiante et a requis son rejet. On saura lundi s'il a été suivi par le tribunal.


Le Figaro
Cyrille LOUIS
26 janvier 2001
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Le Monde
Sandrine Blanchard
27 janvier 2001

LA FERMETURE DU CAMPUS DE JUSSIEU EN QUESTION DEVANT LA JUSTICE ADMINISTRATIVE

Y A-T-IL péril en la demeure sur le campus de Jussieu  ? Cette question a été longuement débattue, jeudi 25  janvier, devant le tribunal administratif de Paris. Saisi le 26  décembre d'une requête en référé déposée par le comité anti-amiante de Jussieu pour réclamer la fermeture du campus, le tribunal avait choisi face à la complexité du dossier de réunir une audience collégiale afin d'entendre toutes les parties prenantes.

Michel Parigot, président du comité anti-amiante, n'a pas hésité à établir une comparaison entre le cas de Jussieu et celui du tunnel du Mont-Blanc: « Aujourd'hui, tout le monde dit qu'on aurait dû le fermer, malgré le grand trouble que cela pouvait créer et malgré le fait qu'il n'y avait pas eu, pendant des années, d'accident ». Considérant que « les conditions élémentaires de sécurité ne sont pas assurées » sur le campus, notamment en matière d'incendie, le comité qui critique depuis longtemps la lenteur du plus gros chantier lié à l'amiante en France avait adressé, en juin  2000, un courrier au préfet de police de Paris pour demander la fermeture de Jussieu. Estimant qu'aucun élément nouveau ne prouvait qu'il y avait urgence, le préfet avait, en juillet, considéré que cette demande était non fondée. C'est « l'erreur manifeste d'appréciation du préfet» qui a amené le comité à déposer une requête en référé.

« Plusieurs facteurs représentent un risque grave et imminent », assure Michel Parigot, en citant l'amiante, dont seulement 10  % a été retiré, la mauvaise tenue au feu des bâtiments, l'absence d'exercice d'évacuation et de véritable système d'alarme.

« Les questions du comité sont importantes et légitimes », a reconnu Me  Georges Holleaux, avocat du préfet de police de Paris. « Mais l'Etat a pris les choses en main sur le plan juridique et budgétaire et le dossier incendie n'est pas en déshérence. » Création, en 1997, d'un établissement public chargé du désamiantage et disposant d'un budget de 3,7  milliards de francs, installation d'un système d'alarme qui sera terminé pour la rentrée 2001, avis favorable de la commission de sécurité, possibilité d'intervention très rapide des pompiers  : tous ces éléments prouvent que «  les autorités publiques ne sont pas à la remorque  », a fait valoir Me  Holleaux.

FAIRE RESPECTER LES CONSIGNES DE SÉCURITÉ

Très vite, la question des conséquences de la fermeture d'un campus qui abrite les universités Paris-VI et Paris-VII, ainsi que l'Institut de physique du globe, a été posée. « Bien sûr, un campus vide est plus facile à traiter », a reconnu Bernard Dizambourg, président de l'établissement public du campus de Jussieu. Mais comment, et surtout où, reloger rapidement à Paris quelque 50  000  étudiants, enseignants, chercheurs et personnels administratifs et techniques  ? « Si Jussieu était vidé, le chantier ne passerait pas pour autant de quelques années à quelques mois », a expliqué Jean Lemerle, président de Paris-VI. « Le problème essentiel n'est pas de fermer, mais de faire respecter les consignes de sécurité », a insisté Michel Delamar, président de Paris-VII. Les deux présidents d'université ont admis que le « comportement de certains universitaires »  en matière d'utilisation de produits radioactifs et d'encombrement des couloirs était parfois « en contradiction avec la sécurité ». Mais ce « laxisme », pointé du doigt par le président du tribunal administratif, est désormais combattu, ont assuré MM.  Lemerle et Delamar. « Une culture de l'irresponsabilité » a laissé la place à une « culture de la sécurité », a résumé le représentant du ministère de l'éducation nationale.

Critiquant sévèrement le « manichéisme » de l'action entreprise par le comité anti-amiante et ironisant sur le fait que, malgré « l'urgence » affichée, le comité avait déposé son référé plus de quatre mois après la réponse du préfet, le commissaire du gouvernement a requis le rejet de la requête. Il a estimé que des interventions en faveur de la sécurité étaient menées depuis 1996, qu'il n'y avait pas de « péril grave et imminent » et que l'hétérogénéité des bâtiments ne justifie pas la fermeture de tout le campus. La décision du tribunal sera rendue lundi 29  janvier.