PARIS, 9 jan (AFP) - Le tribunal administratif de Paris a renvoyé
mardi à une date ultérieure sa décision sur une éventuelle fermeture
du campus universitaire Jussieu, demandée par le comité anti-amiante
Jussieu contre une décision du préfet de police de Paris.
Le juge des référés Alain Perrier, saisi par le comité, a
souhaité s'entourer d'avis supplémentaires pour se prononcer et a
renvoyé l'affaire devant une audience collégiale. En attendant,
l'instruction se poursuit, a-t-il précisé.
Dans une lettre adressée au préfet de police de Paris Philippe
Massoni, le comité anti-amiante Jussieu avait demandé la fermeture
du campus pour raisons de sécurité. Reprochant au préfet de ne pas
avoir donné suite, le comité - composé de salariés et
d'étudiants de Jussieu - avait ensuite déposé une requête fin
décembre 2000 au tribunal administratif de Paris.
Cette requête s'appuie sur le changement de la loi, en vigueur
depuis le 1er janvier 2001, qui réforme notamment les pouvoirs des
juges des référés. Le président du comité a rappelé mardi
que le problème de l'amiante "n'a toujours pas été traité" et
que Jussieu "cumule quelques dizaines d'infractions en matière de
sécurité incendie".
"Nous n'avons pas eu de morts pour l'instant à Jussieu. Mais demain
il peut y en avoir", a assuré Michel Parigot, en établissant une
comparaison entre le cas du campus et celui du tunnel du Mont-Blanc.
Pour Jean-Paul Lamblin, représentant de Philippe Massoni en tant
que chef du service des affaires juridiques de la préfecture de police
de Paris, l'urgence qu'il y aurait à fermer Jussieu n'est pas
établie.
De plus, a-t-il avancé, "si le préfet de police avait pris une solution de fermeture immédiate du site, en l'absence de solutions également immédiates (de relogement), il y aurait eu des troubles importants pour les conditions d'existence et de travail de milliers d'étudiants et de centaines de chercheurs".
Sans nier ces difficultés de relogement, le président du comité a rappelé mardi qu'"il y a à Paris trois hôpitaux libres" du fait de la création de l'Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) qui sont autant de bâtiments libres qui pourraient accueillir les étudiants.
seb/bp/sp
Le juge des référés du tribunal administratif de Paris est manifestement irrité par la désinvolture du préfet de police. «On m'a transmis seulement hier un dossier assez sommaire», se plaint le magistrat. Et pourtant, l'enjeu n'est pas mince. Le comité antiamiante de Jussieu, plaignant, vient de demander au tribunal de suspendre une décision du préfet jusqu'à ce que les bâtiments soient mis aux normes de sécurité. Or, «si je suspends la décision du préfet, c'est la fermeture immédiate du campus», avertit le magistrat. Fermer Jussieu, c'est mettre 45 000 étudiants dehors, sans compter les laboratoires, sur un campus considéré comme un pôle scientifique majeur.
Contrat. A la barre, Michel Parigot, président du comité antiamiante, rappelle que le contrat de désamiantage signé en 1996 par l'Etat prévoyait de décontaminer le campus en trois ans. Or, à ce jour, seulement 6 % de la surface a été traitée. «60 personnes sont reconnues en maladie professionnelle liée à l'amiante, et il y a dix nouveaux cas chaque année.» Mais, surtout, Jussieu ne répond pas du tout aux normes de sécurité incendie. Selon un rapport diligenté par la préfecture de police elle-même, la tenue au feu des bâtiments n'excède pas dix minutes, alors que la législation exige une heure trente. Enfin, le circuit électrique est vétuste et le campus ne comporte pas de système d'alarme général.
Travaux en cours. Le représentant du préfet se défend en indiquant que des travaux sont en cours. Il ajoute que certains bâtiments sont aux normes et qu'on ne peut donc pas demander la fermeture de tout le campus. Enfin, il insiste sur les désordres que provoquerait une telle décision. «Si le préfet de police avait pris une solution de fermeture immédiate du site, en l'absence de solutions» de transferts dans d'autres locaux, «il y aurait eu des troubles importants pour les conditions d'existence et de travail de milliers d'étudiants et de centaines de chercheurs». Michel Parigot ne le nie pas. Mais il établit un parallèle entre Jussieu et le tunnel du Mont-Blanc. «Aujourd'hui, tout le monde pense qu'il aurait fallu fermer ce tunnel. Mais si l'on avait posé la question avant, on aurait considéré qu'au vu des désordres engendrés, il n'était pas raisonnable de prendre une telle décision.»
Le juge a renvoyé sa décision à une date ultérieure, pour «poursuivre l'instruction». Et recueillir les avis des présidents de Paris-VI et de Paris-VII, les deux universités du campus. L'affaire sera également tranchée en audience collégiale, car, dans ce type de dossier, le «juge unique» peut s'avérer un «juge inique», a dit le magistrat.