Comité Anti-Amiante Jussieu: lettre au président de l'université Paris 6 J. Lemerle (13/06/00)

Comité Anti-Amiante Jussieu
case 7012, Université Paris 7, 2 Place Jussieu, 75251 Paris Cedex 05
téléphone : 01 44 27 83 28   télécopie : 01 44 27 83 29

Philippe MASSONI
7-9 Bd du Palais
75004 PARIS

Objet : demande de fermeture du Campus Jussieu

Paris, le 26 juin 2000

Monsieur le Préfet,

Les graves problèmes de sécurité amiante et incendie sur le campus Jussieu, sont connus depuis 25 ans. Cependant aucune solution ne leur a jamais été apportée.

Le constat accablant de la situation de cet ERP de 1e catégorie, accueillant environ 50 000 personnes, dressé dans le rapport SETEC-BRGM-EUROTEC-FIBRECOUNT du 23 novembre 1995, avait conduit le ministre de l'Education à signer le 4 décembre 1996 un contrat de désamiantage et de mise en sécurité du campus Jussieu qui prévoyait d'effectuer les travaux en 3 ans.

Malheureusement ce contrat n'a pas été respecté, ce qui montre le peu d'importance accordé par l'ensemble des responsables aux problèmes de sécurité. Aujourd'hui, seulement 2,5 % de la surface du campus a été désamiantée et remise aux normes. 7,5% de surfaces supplémentaires viennent d'être mises en chantier et ne seront pas livrées avant la fin 2001 selon les annonces de l'établissement public en charge des travaux. Ainsi, 5 ans après la signature du contrat prévoyant d'effectuer les travaux en 3 ans, seulement 10% du chantier aura été réalisé. Dans les 90% restant, les conditions élémentaires de sécurité ne sont pas assurées.

En matière d'amiante, des rapports officiels de 1975 (LEPI, INRS, CERCHAR) alertaient déjà sur la pollution à Jussieu due à la présence des flocages en amiante et à leur dégradation, les dangers encourus de ce fait par les occupants et la nécessité d'y remédier. Aujourd'hui, 62 personnes travaillant à Jussieu sont reconnues en maladie professionnelle liée à l'amiante.

En 1995, le rapport SETEC-BRGM-EUROTEC-FIBRECOUNT concluait à la nécessité d'“ une opération globale, rapide et massive d'enlèvement complet de l'amiante ”.

En matière de sécurité incendie, le rapport de la commission départementale de sécurité de 1974 relevait déjà de graves anomalies concernant la sécurité incendie sur le campus Jussieu et dressait une liste de 58 recommandations à mettre en oeuvre pour assurer cette sécurité - la 58e préconisant d'“ établir un système d'alarme ” et de “ procéder à des exercices d'évacuation ”. Depuis les rapports se sont succédés, sans que les recommandations ne soient jamais mises en œuvre. La dernière visite globale du campus Jussieu par la commission départementale de sécurité date du 16 juillet 1993. Il semble que depuis on ait préféré ne pas la faire venir …

La situation en matière de sécurité incendie peut être résumée de la manière suivante. Le rapport Casso de 1998 indique que l'ouvrage présente une “ stabilité au feu de l'ordre d'une dizaine de minutes ”, alors que la tenue au feu réglementaire est de 1h30. Dans ces conditions, la possibilité d'évacuer rapidement les personnes en cas d'incendie est une nécessité absolue. Or le campus Jussieu, qui accueille plus de 50 000 personnes, ne dispose d'aucun système d'alarme et aucun exercice d'évacuation n'a jamais eu lieu (récemment encore, lors d'un accident banal, au cours duquel un produit toxique s'était répandu, l'ingénieur de sécurité a tenté de faire évacuer les locaux concernés, mais n'y est pas parvenu, faute de pouvoir prévenir les occupants). De plus, le rapport Casso indique qu'un grand nombre de barres sont en sureffectif, par rapport aux capacités d'évacuation : c'est notamment le cas des barres 22-32 et 34-44, dont les effectifs sont plus du double de ce que permettent les capacités d'évacuation.

A l'évidence, cette situation pourrait basculer du jour au lendemain dans une catastrophe. Cette hypothèse n'est pas seulement théorique puisqu'on constate en moyenne au moins deux débuts d'incendie important par an sur le campus. Dans ces conditions, votre responsabilité est clairement engagée.

Nous vous demandons, monsieur le Préfet, de bien vouloir fermer le campus Jussieu, jusqu'à ce que la sécurité y soit assurée.

Veuillez agréer, monsieur le Préfet, l'expression de nos sentiments distingués.

Michel PARIGOT
Président du Comité Anti-Amiante Jussieu

Copies : Lionel JOSPIN, premier Ministre, Jack LANG, Ministre de l'Education